
La traversée du Lipez que je me proposais, c´est une région désertique qui n´est parcourue que par des 4x4 remplis de touristes, et dans le sud par quelques camions qui bossent dans le coin. Le Lipez, comme le dit le lonely, c´est un exceptionnel ensemble de paysages âpres et divers mais aussi l´une des régions sauvages les plus rudes de la planète; en bref, c´est beau, mais on en chie.En général, les cyclos font tout le voyage à vélo et sont donc équipés en conséquence; pour les guignols à qui ça prend en milieu de voyage, il faut réussir à faire tenir le sac de voyage sur les sacoches arrières, le sac à dos à l´avant...et devant être capable de se charier deux jours d´autonomie de flotte, j´ai acroché avec les moyens du bords un bidon de 5 litres de chaque coté de la roue avant.

De San Pedro de Atacama à Uyuni
Pour ma première de cyclotourisme, je pars donc avec un vélo frisant les 50 kg, et avec 2200 mètres de dénivelés en 28km devant me mener de San Pedro à l´entrée du Lipez en Bolivie. Première journée entre les deux frontières donc, où après une première heure plaisante, je m´attaque avec entrain à la montée. Je constate vite que je hisse mon chargement à défaut de rouler. Je m´élève péniblement au dessus du désert d´atacama, le plus aride du monde -la dernière pluie date de février, je suis assez tranquille à ce point de vue là-. J´ai beau être bien aclimaté, là je dois dire que je me trouve bien présomptueux, et en comparant avec ce qui était affiché sur les blogs dont j´ai les infos, ma progression est minable. Entre 2 et 3 km à l´heure. Je force, mais c´est nul, et je me dis que je pourrais jamais aller au bout avec un tel départ. Je stoppe en fin de journée à plus de 10 km du col, et la tentation est grande de partir dans l´autre sens, je mettrai une heure à retourner à l´hotel, pourrai trouver n´importe quelle raison pour renoncer et personne ne m´en voudrai. Cela dit quand j´y pense, je me dis que je me trouverai bien couillon.
Après, c´est un aperçu de la piste et de ce qui va m´attendre pendant au moins dix jours. Piste sabloneuse parfois, caillouteuse le mètre suivant ou bien en "tole ondulé", une belle saloperie, quand la piste fait des vagues, causées par le passages de trop de 4x4, le tout avec un constant vent d´ouest, coté ou face.Massif du Lipez
Ensuite, c´est le début de la vraie piste, et ça se passe mieux pour moi. La laguna verde est superbe, première croisade avec les 4x4 de touristes qui s´arrêttent pour me regarder avec étonnement ou tailler un brin de causette et me demander si j´ai besoin de rien parfois. Je passe "los piedras de Dali", ensemble rocheux bizare au milieu du désert qui auraient inspiré le Catalan pour une de ses toiles. J´arrive en fin de journée aux thermes de Polques, vides de monde, j´installe la tente avec une vue imprenable sur le salar de Chaviri et ses eaux thermales fumantes et m´en vais soigner ma tendinite de l´épaule gauche dans le bassin d´eaux bienfaisantes à 40 degrès, en extérieur, pendant plus d´une heure rien que pour moi; aucun mal à bien dormir ce soir là.
Après un départ glorieux le lendemain, au milieu du contenu d´une quinzaine de 4x4 venu s´entasser au petit matin dans ma baignoire de la veille, je fais vite moins le malin 5 km plus loin. Pour une des plus dures étapes, je commence en constantant que mes deux bidons d´eau viennent de crever en même temps; j´en perds une bonne partie, répare ce que je peux et continue; hors de question de faire demi tour, il y aura bien une solution quelque part; j´avance à l´optimisme tant que je peux. Je passe les six heures suivantes à grimper, pousser ou me rouler en boule sur mon guidon pour laisser passer les rafales. La montée à plus de 5000m avec le vent de face glacial est interminable, l´oxygène se fait rare. Un chauffeur de poids lourds qui descend du minerai me file des fruits; un de ces collègues quelques jours avant m´avait filé feuilles de coca et eau; braves routiers, gardiens de la route.
En début d´après midi, je vais pas bien, je trouve pas les geysers, suis crevé, me rends compte que je vais devoir passer la nuit à 5000 mètres où il y a encore quelques traces de neige, dans un vent froid à décorner les boeufs, et que tout cela se ferait bien avec de l´eau à chauffer, mais d´eau je suis en pénurie...bref, le moral va pas fort et je me résous à mon triste sort, quand, recourbé sur mon guidon pour attendre la fin d´une rafale qui m´envoie la piste dans la face, s´arrête à mes cotés Téo, mon ange gardien, en tout cas gardien du parc national, le désert en question et qui me dit d´emblée qui m´emènne où je veux. J´ai pas le coeur de dire non. J´embarque, il me fait une visite des geysers fumants et puants, et, me faisant avancer d´une quizaine de bornes, me fait finalement sauter la partie la plus facile de la journée, mais ça me permet d´arriver au refuge de la laguina colorada le soir, et de régler le problème de l´eau, après en avoir bavé néanmoins trois bonnes heures de plus sur une piste où on pousse plus qu´on ne roule. Je me paie le luxe d´une soupe à mon refuge et retrouve mon carton de bouffe, affreté par une agence de San Pedro contre un billet. Je cause avec quelques touristes de 4x4 et regagne mon froid dortoir perso; oui, ce sera une constante pendant tout ce périple, j´aurai à chaque refuge droit à dormir seul, on ne mélange pas les clients des tours opérateurs avec un puant de mon espèce!
Ces cons de blancs prennent decidement n´importe quoi en photo, et si c´était déjà le cas les derniers jours, là c´est l´hystérie; la visison d´un cycliste ici est encore plus iréelle, les 4x4 stoppent tous pour photographier le phénomène, l´extra terrestre du désert. La piste est dégueulasse, sable, vagues, en plus ça monte, il en faut de la patience quand on s´y reprend à quinze fois pour résuissir dix pauvres mètres sur le vélo; heureusement que je commence à m´y attacher à ma ptite bianchi, sinon, elle aurait valsé quelques fois ce jour là.
Je finis par arriver aux formations rocheuses étonnantes autour de "l´arbol del piedra", curiosité touristique de ce desert. Je plante ma tente un peu plus loin, pour un excellent bivouac, avec un ciel magnifique. Le lendemain, l´eau est partiellement gelée, je remballe, et tombe sur une charmante suisse, qui visite le coin de bon matin avec son groupe. On cause un peu, je pars sous les vivas de la foule; jsuis la star du désert la matin et le soir. Entre temps, c´est la grande solitude; quand je piétine dans le sable, personne pendant plusieurs heures, pas un bruit, j´en bave encore pas mal sur une piste bien changeante. J´ai encore droit à mon quart d´heure de gloire en fin d´après midi en faisant une arrivée triomphante au milieu d´un groupe de touristes hors de leurs 4x4, au milieu des flashes crépitant; jdois dire que je comprends le ptit armstrong qui arrive pas à racrocher le vélo, dans ces conditions c´est assez plaisant. Je demande quelques infos au chauffeur, un vieux couple de Bayonne est tout au petit soin, on me tient mon vélo, on m´offre à boire, on me trouve les infos nécessaires....
Après une début de journée bien pourri, je pourssui ma belle fin d´après midi par quelques km de pistes roulantes où je saute de pierre en pierre, je me régale, et au détour d´une bosse, affallé dans un fossé, je le trouve, mon premier homologue; "hoooo! Wie geth´s" , l´allemand est affalé sur le bas coté l´air dépité. Daniel descend toute l´amérique du sud en vélo avec son pote qui a pas voulu l´acompagner dans la lipez. Je lui donne un de mes croquis des lieux avec des infos kilométriques qu´il n´a pas. Il veut pas de mon eau, mais je suis sûr qu´il en manquera, aussi je lui enverrai les voitures avec qui je causerai le lendemain.
On cause et on s´échange les infos; c´est le seul cycliste que je croiserai dans le lipez, avec le couple allemand du premier jour, mais qui eux ne faisaient que se balader et avaient fait cette route deux ans avant. Ce qui confirme les dires de certains boliviens du coin disant qu´il n´y a que les allemands et les français qui s´amusent à faire n´importe quoi par ici.
Région des lagunas
L´hotel est occupé que par un groupe de jeunes retraités, français encore, espèce grouillante dans la région; et qui consitituera mon public de départ en ce dimanche matin. J´en ai marre, moment de nostalgie, je pense à mes potes dans un bar parisien froid de décembre, ou au repas familial du dimanche midi, jme fais des trips de bouffe imaginaires sur mon vélo, c´est une longue matinée.
Puis tout s´arrange; je sors du désert de siloli, ça roule bien, ça descends, le sol change de couleur tous les cinq bornes, les vigognes, sortes d´antilopes du désert que je sais toujours pas ce qu´elles bouffent, couinent comme de chiots martyrisés, je zigzague de piste en piste et finis par arriver dans une vallée où se succèdent de magnifiques lagunes emplis de canards et flamants roses. Je force jusqu´à la dernière, me tape ma première tempète de pluie, assez brève heureusement. Je suis inquiet pour la nuit,
ma tente uni-toile, la moins chère de La Paz ne résisterai probablement pas à l´eau; mais je preferre continuer, si je m´inquiète trop j´aurai des ennuis ici, et si je m´inquiète de rien également; alors pourquoi s´inquiéter... le temps de monter le campement en bord de lagune, et je finis la journée face à un superbe soleil couchant. La nuit est tranquille, lumineuse, aucun habitant à des kilomètres si ce n´est les flamants qui gueulent; c´est le meilleur bivouac du voyage. Comme toujours le soir, les doutes ressurgissent sur le lendemain, et comme tous les matins, quel plaisir de les balayer dans l´action.Région des Salar
Le redouté "Passo Toun Toun", jonché de pierre n´est plus si redoutable après tout ça. Au sommet, je rencontre deux français, dans l´autre sens, qui eux font mon chemin à pieds! Je pense pas qu´ils mettent beaucoup plus de temps que moi au final, on partage un en cas matinal. Descente du Passo pour quitter le massif du Lipez. Descente aussi pénible que la montée, j´ai perdu un patin de frein dans le Lipez, et dans une pente trop raide, je ne controle plus l´engin. Alors quand trop de pierres et de trous, c´est encore à la main qu´il faut y aller; un peu grisant, mais après quelques frayeurs en fin de journée,
je le retiendrai comme étant la meilleure solution. Je plante la machine dans le sable quelques fois, mais pas de casse; de toute façon il peut se débatre ce foutu Lipez, maintenant, vent, pierre sable ou autre saloperie; toute l´énergie déployée pour me stopper; le résultat sera un échec, les qualités dont il fera preuve ne seront que des motifs pour mieux savourer ma victoire; jveux farouchement aller au bout, pas question d´avoir fait tout ça pour rien!
Plus tard dans l´après midi, après quelques km de pistes à vtt bien marrantes et roulantes, je me retape une quizaine de bornes de descente nerveuse. Le temps se fait menaçant, une des minis tornades mauves qui dansent constament autour de moi
depuis une semaine finit par me passer dessus et c´est assez désagréable; je suis pas sûr de mon chemin et stoppe une voiture. Je finis la journée sur le désert de sel de chiguana, tout plat, ça roule tout seul, je suis crevé mais content de mes soixante bornes. Sorti de mes reveries par les klaxons et les grands coucou du chauffeur du train trans-andino-express venant du chili sur la voie que je longe en milieu de désert de sel, j´arrive au lieu dit chiguana, hors du monde.

Une vingtaine de baraquements en ruine, qui semblent être tout juste abandonnés avec encore des rideaux aux fenetres, et dans l´enfilade, quelques maisons de stroumpfs, en forme de dôme et entourées d´une ridicule rempart. Elles sont peintes en vert-kaki, camouflage idéal au milieu d´un désert de sel tout blanc; pas de doute, c´est des militaires, le poste de Chiguana. J´attends à la barrière. Un des dix bidasses qui moisissent ici vient me voir, je demande l´hospitalité, acceptée avec joie par le lieutenant de 25 ans qui me jette dans une pièce crasseuse avec un matellas défoncé. Tous les autres gamins ont environ 18 piges, venus des quatres coins du pays. Ils sont ici pour controler le traffic de drogue de bolivie au chili. Bien sûr les trafficants ne passent pas par la barrière isolée installée au milieu du désert, mais par une autre piste à quelques 15km. Les militaires le savent, mais ils n´ont pas de moyens de transport, pas de manteaux pour la nuit non plus, pas d´électrécité, et c´est le train qui rempli leur bidons d´eau le long de la voir ferrée. Bref, ils ne font rien de leur journée et attendent leur réaffectation à la fin du mois avec impatience, moisissent dans une forme physique déplorable, au régime riz-lentille que je partage avec eux. Le soir c´est clope et film sur le pc portable du lieutenant, seul luxe de l´endroit. Ils n´ont rien, à part des fusils et des cartouches.
Au petit dèj, c´est pain maison, et eau teinté, et c´est parti pour une journée et glande. Je remplis mes bidons de leur eau croupissante et m´en vais vite en les remerciant, je dois dire que ces ptits gars m´ont fait pitié. Petite journée pour moi, épuisé par celle de la veille ou affaiblit par le régime appauvrit en protéine de l´armée Bolivienne, j´arrive pas à avancer m´égarre un peu sur le désert de chuiguina, reprends la bonne route et de la pluie et ai tout les peines du monde à couviri les 30 bornes jusqu´à San Juan, groupement de quelques baraques, mais premier village depuis mon départ. Y´en aura pas de facile, chaque étape se gagne chèrement, et chaque lieu est une belle récompense; j´attendais celui là avec impatience; un après midi de repos, qui tombe au poil, d´autant que c´est la tempête dehors, je loue un bout de maison en sortie de village, prépare de la bouffe, fait mon propre pain comme tt le monde ici, sieste, joue au foot avec le ptit morveux d´en face et discutte avec quelques habitants, tous très sympatiques, alors que j´avais trouvé des infos peu flateuses sur l´acceuil dans ce bled.
Reparti sous un beau soleil, j´ai perdu la piste des 4x4, ils ne passent plus par ma route, et je vois plus grand monde. Je me trompe de chemin, suis réorienté par un petit sortant d´un champs je ne sais d´où ou pourquoi. Encore une montée, encore une belle frayeur en descente, et je m´auto-engueule comme il se doit, j´aurai pas du me laisser avoir une seconde fois. Pas de casse, je continue. Quelques bleds déserts, je croise un autre poste militaire, celui de Colcha-K où je dois tirer une de ces feignasse de la sieste pour avoir quelques infos sur la route; infos boliviennes, le kilométrage est archi-faux, l´état de la piste inconnu, seule l´orientation est bonne à prendre.
Après plusieurs bornes désertes et des doutes sur ma localisation, une pause bouffe me remet les idées en place; je suis sur le bon chemin et plus bien loin! En effet, après un paysage ressemblant aux plages du morbihan à marrée basse, l´odeur en moins, j´arrive à Chuviaca, bourgade minuscule du Salar d´Uyuni. Des allemands, qui descendent le continent à vélo mais qui ont choisi le 4x4 pour le Lipez s´empressent de m´expliquer le bien fondé de leur choix; jvous ai rien demandé moi, c´est pas les premiers qui viennent me causer pour se justifier de ne pas faire ce que je fais.
Salar d´Uyuni

Le lendemain, je pars bien après tout le monde pour ma courte étape, non sans avoir ruiné le ptit dèj du petit hotel, je me lance sur la rampe de lancement du salar, en profitte pour dispensser quiconque de se ridiculiser en évoquant le jeux de mot évident entre mon patronyme et la dénomination locale de l´étendue de sel sur laquelle je m´élance; le Salar d´Uyuni est le plus grand au monde, l´horizon se confond avec le ciel, les montagnes au loin ont des contours flottants, et il est pas forcement évident de prime abord de se repérer. Pour moi, c´est 3 km sur la rampe, virage à gauche en direction du grand volcan 100 km au nord du salar. Effectivement au bout de 20 km, je commence à voir une tache sombre apparaitre devant moi qui est l´isle Inca Huasi, en plein milieu du Salar, où je trouve, eau, et même une belle pièce pour la nuit, qui s´avèrera gratuite elle aussi.
J´ai l´après midi pour me reposer, préparer la grande étape du lendemain, faire le tour de l´ile à pied, puis en vélo le soir quand je découvre un Canadien, musclé de partout, une sorte de Détrie, avec des mollets comme des troncs d´arbres, et les cheveux roux, rouges, comme les flammes de l´enfert; il a une gueule toute carrée, un t-shirt déchiré et riogole de la centaine de bornes qu´il vient d´enfiler. Il fait tous ses voyages en vélo, on fait quelques photos l´un pour l´autre et il va planter sa tente dans le vent; rendez vous est pris pour retourner à Uyuni le lendemain. Bonne nuit au chaud alors que la tempête de vent fait rage dehors; la lune projette un double halo de lumière dans le ciel, ça donne rien en photo, mais c´est épatant.
Le lendemain, après enfin un réveil réussi, je quitte mon île à 6h30m soleil levant de face, mon Canadien est à peine levé, on se donne rendez vous sur la route, il devrait me rattraper. Tellement pressé d´arriver à Uyuni, j´avalerai les 99km en deux heures de moins que lui la veille, jusqu´au bout, et je ne le reverrai jamais...Une fois sorti du Salar par les exploitations de sel, il reste une vintaine de bornes tout juste.
jaillissant d´étincelles et flammes, nuage poussiéreux fonçant sur Uyuni, je l´ai fait, j´ai traverssé ce foutu Lipez; les enfants des rues me regardent approcher d´un oeil intrigué; je fais mon entrée triomphale dans uyuni peu après midi, bave aux lèvres et moirve au nez, avec tous les clébards de la ville à mes trousses.Uyuni



1 commentaire:
Bravo Lolo! Je suis très fière de toi! C'est formidable ce périple en vélo, seul tout, dans ce foutu désert! Tu vas kiffer les plages brésiliennes, yeah! Merci pour ce beau récit, et bonnes fêtes à toi!
Bisous de la Divnou
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