vendredi 20 février 2009

Fluctuat Nec Mergitur.


Eh oui, oh joie, pour toi fidèle et innombrable public de deux ou trois lecteurs captivés ou désœuvrés, voici la dernière nouvelle des rocambolesques déboires de super touriste, tissu de conneries à rallonge de récit à dormir debout ; eh oui, car si j’espère bien avoir captivé et qui sait, je le souhaite, suscité ou stimulé quelque désir mimétique, il est venu pour moi l’heure de rentré à l’enclos ; Fini la promenade on regagne sa cellule.


La remontée fantastique

Buenos Aires à nouveau, pour peu de temps; un retour nocturne et une humeur maussade; Buenos Aires est une ville à vivre; non à voyager, une ville dépravée mais à découvrir, je n'y erre qu'assez longtemps pour me souvenir que je n'aime pas retourner sur mes pas; y trouve un hostel fantastique où je fais figure de vieux voyageur aux devant des frais débarqués; puis file vers mon bus avec quelques autres qui me raconte leurs déboires ou comment ils se sont fait dévalisés comme des bleus à leur arrivée en ville.

Une vingtaine d'heure de bus et c'est Salta; une ville de seconde importance sur la route de Bolivie, peu de choses dan le centre si ce n’est quelques belles promenades et restos idéaux pour se remettre des longues nuits argentines. Je me trouve un chouette groupe qui me fera rester nuits au lieu d'une seule prévue; des Australiennes, une Anglaises, 4 Irlandais, même un Belge et autres loufoqueries du genres; belles parties de picoles dans le quartier dévoué à cette activité, balades en zig-zag au matin, bar clandestins, fous rires solitaires, envahissement de la terrasse de l'hôtel au matin et je ne sais quelle histoire rapportée à mon sujet et à celui du Belge auxquelles lui et moi, n'ayant pas de souvenirs, devront démentir et conseiller à la rapporteuse de calmer la bouteille; si c'était vrai, pourquoi qu'on s'en souviendrait pas, hun?


Je quitte la ville un matin brumeux, en en ayant bien profité, puis m'attaque à mon périple, avec entrain, mon dynamisme, freiné seulement par la méthode.

Une journée de bus, frontière fermée avant l'heure, hostel miteux, ville sans raison d'être, puis frontière le lendemain. Un grassouillet en uniforme attache un importance extrême à ce qu'on ne pose rien sur la table destinée à remplir les formulaire et me l'explique vigoureusement quand je lui rétorque que tout le reste est un énorme foutoir et qu'il aurait mieux à faire; ça l'agace, je lui tourne le dos et tend mon formulaire à son collègue, occupé à dieu sait quoi et qui tamponne mon passeport, agacé, sans même le regarder; puis je file sans prêter attention au petit gros qui avait trouvé un prétexte à se sentir utile mais qui sera trop fainéant pour me suivre.

Gare de bus, un bus direct, foutaises et balivernes; sûr et assuré trois fois; je me renseigne, en fait le bus vas s'arrêter quelques 30 fois, mais il est direct, comprendre qu'il ne faudra pas en changer, ces Boliviens brillent plus par perfidie que par déférence à mon égard. Torture de douze heures de longs; cumbia tonitruante dans les oreilles et mon habituel voisin qui dort coudes et jambes écartés et gratte l'amitié en me demandant quel est le plus beau pays que j'ai visité, où la bouffe et la meilleure et les filles les plus jolies, et attendant pour toute réponse le nom de son pays d'origine.


Sucre; le soir, encore une correspondance manquée puisque tous les bus continuent de partir ensemble; le lendemain, je récupère ma bécane, rouillée, trois lavage n'auront pas effacés les affres du désert de sel. Une nuit de bus plus loin et j'arrive à La Paz, j'amène la bécane se faire réparer, essaie de la revendre; mais ces escrocs ont leurs filières et ne sont pas pigeonables. Je repart sur l'engin réparé, entre combis, voiture, agents de circulations inutiles; je transperce même une manifestation, et parvient à la gare pour apprendre que les bus qu'on m'avait annoncé le matin, en fait, n'existent pas. Une nuit de perdue de plus, je revisite la ville, et repart au matin. On commence à me faire croire que mon chargement ne passera pas la frontière; j'en crois pas un mot, mais trouve le ptit bagagiste du bus conciliant. Il me conseille de ne rien déclarer et s'occupe du chargement contre un petit supplément. J'arrive en fin de journée à Cusco, stocke mon bordel à la gare et m'enfuis en ville.


Cuzco

Là, je finis par retrouver Marie, quatorzièmoise d’origine, mais avec un peu d’équatorien, ce qui fait qu’elle se balade dans la région quelques temps pour le compte du business de son père. Le hasard faisant aussi son boulot, se retrouve en même temps que nous dans la ville le « petit » Marco, anciens 14èmois aussi, depuis cinq ans de retour dans son argentine d’origine, qui lui ont fait poussé une magnifique coupe mulet, l’accent checheche, et, moins compréhensible ; il n’est plus « petit ». Il parcourt l’Amérique latine en compagnie de « el negro », son pote, qu’on aura un peu à mal à appeler par ce sobriquet ; mais bon, comme Marie me disait connaître un asiatique de Buenos Aires qui se faisait appeler Sushi, on en conclut que ça n’a rien de choquant par chez eux ; et donc Marco et El negro vont de ville en ville en jouant de la musique révolutionnaire et en s’acoquinant avec des groupes syndicalistes et autres révoltés ; ils visitent aussi de nombreux bars. C’est sûr que leur épopée a un air de déjà vu, mais leurs connaissances et opinions sur ces sujets sont assez remarquables.

Au milieu du séjour à Cuzco, il va de soi que nous nous en allons, Marie et moi-même visiter le Machu Pichu ; on embarque déjà dans un taxi collectif, dont le chauffeur est à la conduite ce que Francis Llacer fut au football ; puis après une pause déjeuner qui faillit signer me couter la vie de façon pathétique, on embarque dans un train, joli, cher, qui nous mène au bled de Agua Calientes, en bout de course, bled charmant fait de restaurants et d’hôtels pour la plupart. On patauge dans les bassins thermaux crasseux ; et le lendemain à l’aube, on s’engouffre dans les navettes qui nous montent en lacet à l’entrée du machu pichu, sorte de petit Pompéi en haut des montagnes jungleuses ; c’est pas dégueu à voir avec la brume au matin. On va monter au Huayna Pichu, sorte de pin de sucre en arrière du machu pichu, pénible montée escarpée, mais qui laisse voir une belle vue d’ensemble. En fin de journée sur le train du retour, on savoure le magnifique piège à touriste qu’il constitue. Seul moyen de se rendre au machu pichu pour un blanc, il est aussi extrêmement cher, et une fois à l’intérieur, ceux qui servaient l’infâme Inka Cola finissent le trajet en dansant en costume traditionnel ou en paradant en musique avec des fringues qu’ils sont censés vendre. Tout le monde, acteurs et public, est bien conscient du ridicule de la situation, mais tout le monde joue bien son rôle.

Le retour à Cuzco en taxi est aussi mémorable. Le chauffeur est passablement endormi, roule pas du bon coté et cligne des yeux. Les deux australiens qui partagent notre voyage veulent que je demande à Marie de causer avec le chauffeur, ce qui le réveille un peu. Heureusement, on est aidé dans notre tache par les gamins qui balancent des bassines d’eau sur les voitures dont les fenêtres sont ouvertes. C’est l’époque du carnaval et s’arroser est de tradition.
Passé l'âge des bombes à eaux, j'attaque à la batte, mais aucun d'eux n'osera même penser à imaginer esquisser une telle insubordination envers ma personne, reconnaissant l'icone des voyageurs; ils ont vu clair en ma bravoure. Je suis un héros.


The End

Après une dernière soirée à Cuzco, je vais me faire arnaquer dans quelques marchés, même si la connaissance de Marie dans le poil d’Alpagua diminue l’importance du foutage de gueule habituel. En fin de journée, je vais sortir ma bécane du terminal de bus, partant d’un autre, échange quelques parties de zèle avec un chauffeur de taxi qui veut me la racheter à un prix tellement faramineux que ça pue l’embrouille de la part d’un gars qui par contre négocie amèrement le prix d’une pauvre course de taxi…Je finis par pédaler dans la ville et dans les flaques et à faire enregistrer mon vélo dans le plus luxueux bus de mon voyage, aussi le dernier. Gros fauteuils en cuirs, repas et hôtesse à bord, ça a un prix, mais qu’est ce que je paiera pas pour ne plus être torturé à la cumbia. Après plus de 24heures de traversée de différents déserts, c’est le retour à Lima et la fin de la remontée fantastique.
Je n’ai qu’une pauvre soirée à passer là, quelques petits trucs à acheter ; une traversée de Cusquena en solitaire et sans assistance, balade nocturne sans but dans les rues de Lima, si ce n'est d'humer une ultime fois le joyeux bordel Latino ; et le lendemain soir, après un énergumène qui m’emmène chercher mon vélo et un autre qui me pose à l’aéroport, c’est le départ.

Je démonte ma bécane, me fait aider pour l’emballer par deux guignols de Air Canada.
Garder cette bécane aura au moins eu l’avantage de m’obliger à démarcher et à me démerder, chose qui s’impose tout seul quand on voyage d’une façon juste un peu différente ; ça attire aussi beaucoup de gens bienveillants, toujours heureux d’aider celui qui fait office de phénomène de foire dans la horde des voyageurs anonymes.

Je zone dans l’aéroport en pensant au jour où je débarquais ici en me demandant à quelle sauce j’allais être bouffé ; j’y ai fais tout ce que je voulais et peut repartir, droit dans mes bottes, quelques visite de boutiques et on décolle avec un peu de retard ; vol sans turbulences au dessus des caraïbes, on matte le triangle des Bermudes ; jsuis assis dans la fond, près des hôtesses et peux réclamer mon pinard ; tout va bien.
Ca se gâte bien sûr à l’arrivée ; si je passe les douanes avec assez d’alcool dans mon sac pour faire sauter l’aérogare, mon Toronto-Montréal est annulé pour d’obscures raisons ; longue attente en stand by, j’embarque en dernier dans le vol de midi mais les bagages ont pas suivi, 4 heures à jouer le clochard d’aérogare, de toute façon, j’ai pas assez de fringues pour éviter de geler à l’extérieur…Tout finit par arriver, et je file à l’extérieur en grognant, dans la neige, le froid, et la nuit à 17h ; c’est bel et bien finit.


Hit the Road Jack

Il est désormais venu le temps de la réinsertion, redevenir simple civil, bête à manger du foin, passer mes journées à travailler pour me payer tout ce qui me permettra d’être dans de bonnes conditions pour aller passer mes journées à travailler ; puis attendre le weekend, pour me faire sauter la cervelle, tout oublier vite, m’en remettre vite pour être capable de tout recommencer.
Heureusement, j’aurai des vacances, suffisamment longues pour avoir l’impression d’en profiter, suffisamment courtes pour que mon activité essentielle soit de dépenser de l’argent, que je devrais courir regagner.
Dieu merci je ne me sentirai plus seul, en proie au vide, à moi-même et à l’inconnu, et pourrai participer aux petits jeux bien rodés de l’émulation générale, de l’indignation collective ; j’irai partager mes misérables complaintes avec mes amis sur facebook, et on sera tous d’accord que c’est de la faute des autres, on l’a vu à la télé, puis de mon patron qu’est un salaud et des politiques que c’est des pourris, et la météo, n’oublions pas la météo ! J’ai hâte.


Ce fut une belle histoire que celle des aventures de super touristes, en attendant la suite : le retour de super touriste, super touristes chez les slaves, super touriste contre le reste du monde, la fin burlesque de super touriste, etc…

Alors maintenant, Montréal, de la glace et rock and roll, peut être même un emploi, à moins que je parte en tournée à Paris avant ça, rendre un hommage à la ville Lumière en martelant son asphalte dorée de ma foulée cadencée jusque dans ses bas fonds tout en lâchant une à une mes dents jaunies dans les caniveaux de Paris.

Bref, ce qui est fait est fait, et je recommencerai ; tenons le nous en pour dit.


Super Touriste

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