jeudi 9 octobre 2008

L´envol du Pigeon


On m´avait bien prévenu de faire attention aux differentes arnaques en tout genre en Amérique du sud. C´est avant meme le départ et à l´aéroport de Montréal que je fus rançonné. Cette foutue bonne femme d´Air Canada ne voulait enregistrer mon sac, sous pretexte que mon vol retour était situé plus de 90 jours après le départ, et qu´au Pérou, les ptits français, c´est 90 jours consécutifs puis c´est tout. J´eu beau expliquer que j´allais passer des frontières, et que de toute façon, les douaniers regardaient ça au moment de quitter le pays; et puis qu´ils n´avaient qu´à m´emmerder avec ça au moment de la réservation; rien y fait, je dus changer mon billet pour pas manquer mon vol, le tout moyennant frais, et ce sera la meme chose pour remettre mon vol retour à sa date initiale. Jn´avais meme pas foutu le pieds dans l´avion que j´en avais déjà pour 200 euros. En contact avec une personne de l´ambassade au pérou, ils semblerait qu´AC soit complètment en tord, d´autant plus que les 90 jours sont maintenant 183. Donc il semblerait que j´ai pas fini de leur réclamer mon fric et mon billet; affaire à suivre.

Après un premier vol sans trop de souci, j´ai rapidement du me soucier du cas de mon voisin de vol qui lisait la bible avant le décolage; c´est pas des choses à faire, et ceci fait, le vol de nuit au dessus des quelques iles des bahamas, du triangle des bermudes et de la colombie fut très paisible. Miguel est anestésiste, parle pas trop mal français, et on a donc pu discutter hospital, opérations et autres déguelasseries qui font sa fortune. Je l´ai perdu à la lumière, qui fut verte pour moi et rouge pour lui; c´est le bouton lotterie de la douane péruvienne. Eussent t-ils le meme à Montréal dix jours plus tot qu´il m´eut été possible de me libérer de la compagnie de mon voisin de vol, "Nounours", plus beau phénomène de foire que j´ai pu rencontrer dans un avion, roi du cassoulet à montréal, depuis que son resto toulousain oú Cabrel et autres Bruel avaient leur habitudes s´est cassé la gueule. Tout ça photos à l´appuis, avec explications à ralonges. Une fois distrait, je l´invita à boire du vin, et la bete siesta la fin du vol, avant de m´écraser son quintal contre le hublo pour photographier avec enthhousiasme le dessus du plateau montréalais. Jdois quand meme dire que le brave homme m´a racompagné jusqú´à mon lieu de villégiature avec mes bagages et mon sympathique commité d´accueil, par l´intermédiaire de son alcoolique d´associé "Jojo", non sans un détour par leur resto pour s´abreuver à la source Ricard en cours de route...

Passées les tribulations aéroportuaires, j´ai le plaisir dans la jungle des taxis du débarquadaire de Lima, de trouver le taxi de mon auberge, que je partage avec un aimable jeune pilote de brousse de Winnipeg -quel trou!-, qui part se balader au Pérou fringué comme pour sa première communion. Je suis laissé dans mon auberge vers 3h du matin où je partage un dortoir avec l´imposante Pamela, qui me rassure bien gentillement en regrettant déjà ses 4 mois sur ce continent; la pauvrette repart dans quelques heures pour une quelconque "crapy little town" de l´Ohio.
Le lendemain, après une première excurtion en ville, je retrouvais Valérie, une québecoise qui bosse pour une ONG dans les montagnes, et puisque c´est par là que je vais, on avait convenu de faire le trajet par bus de nuit ensemble. On se balade dans Lima le reste de la journée. C´est une ville immense, mais dont le centre est assez occidentalisé avec de gros centre commerciaux et son lot de jeunes fashion qui paradent dans leur fringues dernier cris.



Huaraz

Après la grande classe du bus Cruz Del Sur, dont on ne peut leur reprocher que le gavage au Inka cola, on arrivait à Huaraz au petit matin, ville phare des montagnes du nord du Pérou, reconnue pour la cordillera Blanca, grand massif qui culmine autour à près de 7000m. C´est une ville sympa, assez touristique pour permettre à l´homme blanc de ne pas trop s´y trouver dépaysé, mais pas trop en cette saison; on y est plutot tranquille et la bouffe est excellente. Sinon, le circulation est bruyante et bordélique, et les locaux matinaux, mais surtout pas pressés. J´aprécie surtout leur façon de foutre la paix à tout le monde; les vendeurs Péruvien, sont à l´oposés de leur collègues Magrhébins. Les vendeuses typiquement Péruviennes, vendant les fringues multicolores locales ont beau être opérationelles dès 6h du mat et jusqu´à tard le soir, elles se pressent pas trop au service du client; il faut bien insister si on veut quelque chose, et si elles causent avec leur pote de passage et qu´elles lisent le journal, il vaut mieux repasser; pour ce qui est du marchandage; y a un prix, il est bas, et il risque pas de bouger de trop...J´aime bien leur attitude au boulot.

Au bout d´une journée de recherches modérées, je trouvais les larons recherchés.
J´étais venu ici pour faire de la montagne, me défouler, prendre l´air, me mettre en forme pour le reste du voyage, puis parceque j´avais envie de faire de la montagne; aller ne serait-ce qu´une fois marcher au dessus des nuages et voir d´en haut ce qui se passe en bas. Octobre est la fin de saison ici, et les plus haut sommets, autour de 6000 mètres ne sont plus praticables. Je fus assez content de trouver mes deux comparses, motivés comme moi pour tenter un sommet, le Pisco, 5750m, aprés un trek de mise en forme, celui de Santa Cruz. 3 jours de trek en guise de préparation, c´étais bien assez pour moi; au delà, c´eut pu etre chiant, c´était de toute façon indispensable pour s´aclimater.
Camilla est une anglaise de 25 ans, qui finit 3 mois de voyage avant d´aller bosser en australie. Elle se balade depuis quelques jours avec Javier, joyeux Péruvien d´une trentaine d´année, guide autour de Cuzco et de Machu pichu, qui ayant finit sa saison, en profitte pour découvrir son pays. Comme il connait bien la langue et les combines, il mène vite le jeu. Il compare les guides, appelle un gars qu´il avait recontré l´aprèm, et qu´on retrouve le soir sur la Palza de Armas. On va dans un bar, le gars, petit costaud avec une tete de méchant indien de western, queue de cheval et gueule carrée, serait guide et comme il est dans je ne sais quelle association de guide pas trop vieux, il serait moins cher. Le tout se combine au fond du saloon; matériel, équipement, durée, parcours, niveau et prix bien sur. Javier s´occupe des négociations, je me charge des bières avec l´anglaise, qui trouve là un terrain pour honorer la réputation de son pays. Le tout bouclé, on se retrouve le lendemain pour louer le matos, et aller dans le fin fond du marché de la ville acheter le nécessaire pour la bouffe. Ca prend bien sur toute l´après midi, mais je constate par contre en acompagnant un des guides pour acheter de la viande douteuse qu´il n´hésite pas à encourager la cadence des vendeurs à grand coups de bamos.

Cordillèra Blanca

On se retourva donc de bon matin à charger un stock de matériel sur un combi, ces espèces de grosses camionettes dont le pote du chauffeur gueule la direction par la fenetre pour que tous les interessés puissent monter puis descendre où leur chante. Ca contient une quinzaine de place, au format péruvien, mais en ville ils y rentrent à bien plus, difficille de compter, ça déborde alors de bras et de tetes d´un peu partout. Mon joyeux groupe et moi-meme s´enfonça alors dans la vallée avec deux groupes d´israéliens en vadrouille avant le young kipour du mercredi. Les 3 guignols de l´avant, guides et chauffeur, se régalent de vieux tubes des années 80.

Le trajet des trois jours fut pas dégeu, les montagnes sont impressionnantes; y a de l´eau et des lacs partout, et des bestiolles à cornes dans tous les coins. Le soir, quand on arrive, le ptit gars avec ses deux bourros est là depuis longtemps, Edilie marche vite et nous double deux heures après qu´on soit partit, après avoir tout empacté, et il a déjà installé les tentes et commencé la bouffe quand on arrive. C´et plutot sympa, parcequ´on arrive souvent crevés, trempés, et c´est cool de se poser dans la grande tente mess où le guide fait la bouffe; des trucs vraiment pas mal au milieu de nulle part. On peut prendre le grog du soir, qui aide bien à dormir là haut, et que je mélange au thé à la feuille de coca, qui aide à enlever le mal de crane d´altitude. Le deuxième jour, on atteignit Punta Union, à 4750m, le top du parcours; c´est globalement la hauteur du mont blanc, et les derniers mètres sont difficilles, je fais des pas de 10 cm et je m´arette tous les dix mètres pour reprendre ma respiration. J´arriveen haut en meme temps que 4 américaines dans l´autre sens. J´suis bien content de croiser du monde, mon groupe végétant 2 heures derrière, autour de l´anglaise malade; mon guide m´a laissé prendre le large et j´ai passé toute l´acsenssion en solo. Comme j´attends au sommet pendant bien longtemps, le temps de la bouffe et le sieste, il finissent par se pointer quand je cause à un français en détresse qui porte sa maison sur le dos et gueule aprés son pote irlandais deux lacets au-dessus. La descente dans la vallée fut interminable, j´eu droit à une ou deux halucination; je finis par retourver mon guide exténué; on dort tous assez bien ce soir là.
Le réveil est presque moins marrant, mes chaussures, restés sous l´abris de la tente et non dedans, ayant disparues pendant la nuit. Je sais que c´est un vol courant, mais au milieu de nulle part.... Ah les chiens! Javier me prette ses sandales dont il se sert le soir, une espèce de bout de plastique avec trois lanières; et les gamins culotés du village à une heure de marche qui réclament des caramels alors qu´ils se partagent mes gaudasses en charpies; qu´est ce qu´ils vont bien pouvoir fouttre d´une pointure 46? Ca pourrait presque leur servir de baignoire, le mètre soixante étant de rigueur dans la région.

Je finis le trek en sandale de bledard, sous la pluie et dans la boue des sentiers à vaches. Merci au moraliste anonymes de ce village sans nom d´avoir rapellé à super touriste que meme à 4000 m d´altitude au milieu de nulle part, le duo fracassant tongues-chausettes ne se démodait pas.




El Pisco

Chouette petit sommet que nous voulions grimper là. Lachés par notre taxi après une descente vertigineuse de la "route" qui mène au camp de base, on attendit l´après midi l´arrivée de notre prochain guide; le trappu Richard laissant la place au bandit de l´autre soir, Cédrick. On bronze au soleil, on se nourrit de bonbons, Javier fume son herbe locale, on bouffe on dort, on attend. Le guide arriva juste pour se rendre compte qu´il aurait du amener un réchaud et repartit pour la nuit. Le lendemain matin, il revint et on monta le stock au camp avancé, à 4600m. Montée très pénible pour moi, j´ai pris un grop coup de chaud sur la gueule, j´ai surement pris froid aussi, j´ai l´estomac et la tete qui se relaient pour s´acharner sur mon sort; j´arrive au camp bon dernier.
Encore une fois, et ça fait partie de ce doux sport qu´est l´alpinisme, on passe l´après midi au chaud sous les tentes. Il s´est mis à neiger sur le camp; ce qui fait qu´à 1h du mat, Cédrick ne vint pas nous réveiller; impossible de tenter le sommet. Notre bandit de guide fait bien la bouffe, et prépare à tour de bras des tisanes à la coca pour raviver mon pauvre être; et c´est bien aimable de sa part. Je suis le seul à souffrir du sarroche, Camilla venant de passer plus d´un mois à plus de 4000m, et les deux autres y vivant à tout bout de champ. Par contre elle nous fait une crise de claustrophobie au milieu de la nuit, la tente s´effondrant sous la neige qui ne s´arette plus. Le lendemain, les deux autres groupes lèvent le camp; le seul qui soit parti au sommet cette nuit là n´ayant pas pu aller bien loin. Pour ma part, j´en ai marre d´etre malade sous la tente, on se balade un peu avec Javier pour essayer les chaussures d´alpinisme. J´avançais très difficillement et je suis bien content quand Javier trouva une piaule minuscule ouverte dans le refuge censsé etre fermé; on passe la dernière nuit au sec.



Mon coktail thé aux feuilles de coca-aspirine ne marche pas trop mal, et au réveil à 23 heures, ma tete ne se fait plus trop sentir. On s´arnache des pieds à la tete; getres, pantalon, bottes d´alpinisme, frontale, gants, piolets, et on se lance sur la première rive caillouteuse en haut de laquelle on se retrouve face à une vallée de bloc rocheux à traversser en rangs sérés. C´est comme un niveau de Super Mario, on passe d´un bloc à l´autre, sans savoir lequel va bouger, glisser ou rouler sous le pieds; c´est assez marrant mais ça laisse la place à quelques frayeurs. Au bout d´une bonne heure, on en ressort de l´autre coté, et viennent une succession de pentes de neige assez raides où j´ai bien du mal à trouver mon souffle. Heureusement, notre guide cherche le chemin, effacé par les paquets de neige des derniers jours, ce qui me permet de pas trop décoller des autres. On aperçoit aussi le point lunimeux d´une autre frontale derrière nous à quelques minutes. Elle va nous suivre plus d´une heure avant de disparaitre, je la reverrai plus tard à la descente, mais on ne trouvera jamais d´autres tentes au camp, le mytère demeure.

On attaque la crete qui mène à la combe glaciaire un peu avant deux heures. A la lampe, on voit juste qu´on marche sur une fine bande, avec du vide à droite et à gauche. Le vent forcit, et j´enchaine les emmerdes; la fermeture de ma parka s´enraye, je dois retoucher mes crampons, ce qui fait prendre l´eau à mes gants, et donc un sacré coup de froid aux doigts, ce qui devient très désagréable à force de monter. Ca améliore pas mon état, et je me contente d´être satisfait de suivre la cadence. A 5h, on est à 5250 mètres, et donc à 500 mètres à la verticale sous le sommet; on s´enfonce dans la neige jusqu´au dessus des genoux, et notre guide, exténué d´ouvrir la voie, jette l´éponge. On devrait ètre à une heure du sommet et il nous en manque 5, on fera pas mieux que les autres. Camilla avait peur des avalanches et est bien contente de faire demi-tour; faut dire qu´on entendait le grondement de séracs se casser la gueule sur les montagnes en face; Javier et moi sommes congelés, on se fait pas prier. Comme j´ouvre la voie en descente, je peux me rendre compte à quel point il est chiant de se manger dans la neige quand on s´y enfonce de trop; c´est assez décourageant, et pourtant je peux utiliser nos traces.Ensuite, le mal de crâne me revient dans l´arrière de la tête, et je n´avance plus dans la descente. Le passage des grosses caillasses me rend assez nerveux tant je me rend compte que la lucidité fout le camp avec la fatigue. Jm´en sors sans encombre ; au refuge, on embale le tout rapidement et on repart dans trois heures de descente. J´arrive tout en bas complètement vidé. On revient à Huaraz avec taxi et combi; j´en suis pas mécontent.

Je prends une des meilleures douches de ma vie, un des meilleurs repas, une des meilleures nuits. Les jours suivants, c´est glandouille, repos, remise en état. Je rencontre un groupe d´anglo américaines issues de ma nouvelle maison, l´auberge Chourup, située en haut de la ville, avec un dernier étage avec cheminée et terasse panoramique. J´y passe une soirée avec une fille de LA à boire un vin chardonnay péruvien en bouteille carton, un espèce de jus de raison piquant; -"c´est pas si mal hein?"; mouais, c´tune bonne piquette ça! Rien de tel pour soigner quelques courbatures.

Maintenant, direction la fete du chat à Huari; il semblerait qu´il soit de coutume dans un bled environnant de rendre la pareille à ces bestioles, en leur plantant les crocs dans la chair, histoire d´inverser les roles; et mon sens inné de la justice ne peut y résister.



Don Diego de la Vega; grand Justicier.

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